Plusieurs entrepreneurs se plaignent de l’absence à Québec de capital de risque pour le démarrage, voir le prédémarrage d’entreprises à caractère techno. D’autres, comme nous, y voyons une opportunité. Ça ne demande pas une étude de marché pour se lancer dans le commerce de l’argent, tout le monde en a de besoin. La recette est plutôt dans le comment, sinon l’aventure risque d’être vraiment désagréable.
L’expérience Telweb
Quand je raconte l’aventure Telweb, je dis souvent que j’ai survécu au capital de risque. Ça ne devrait pas être le cas pour aucun entrepreneur qui fait ce choix. Avec le recul, je dois admettre que ce n’est pas que les investisseurs qui me faisaient la vie dure, c’est aussi et surtout moi qui ne comprenais pas leurs attentes et les implications qui venaient avec ce mode de financement. J’ai compris juste à temps, nous avons vendu Telweb à Schlumberger en janvier 2000, six semaines avant que la bulle internet n’éclate. Cette transaction a rapporté au minimum 10 fois l’investissement aux actionnaires, et elle est encore aujourd’hui une référence de succès au Canada.
À nos débuts, en 1991, peu de ressources avaient la crédibilité pour nous encadrer, nous jeunes entrepreneurs. Les fonds de capitaux de risque se multipliaient, les programmes gouvernementaux pour favoriser l’innovation voyaient le jour, même les banquiers offraient du financement pour la R&D. Oui oui, j’ai déjà financé la R&D avec une marge de crédit de 50 k$, directement avec la banque, sans caution d’Investissement Québec, ni de caution personnelle. C’était les années folles, les compagnies « dotcom ». Mais tous ces intervenants au financement d’entreprises avaient des objectifs différents, des discours différents, des conseils différents. Peu, voir aucun, n’avait vécu personnellement l’aventure de bâtir et de vendre une entreprise techno à un montant s’approchant à 400 fois ses revenus. Cela créait un bruit de fond à travers lequel il fallait naviguer, il fallait plaire à tout le monde. Les VC voulaient qu’on lève du financement américain, les fonctionnaires voulaient qu’on engage des ingénieurs et des programmeurs en masse, et les banquiers voulaient que l’on vende, n’importe quoi, mais que l’on vende. Nous avions financé notre entreprise avec tout ce qu’on trouvait, et il fallait vivre avec les conséquences.
J’ai survécu parce que Telweb était mon rêve et parce que j’ai beaucoup de résilience, certes, mais surtout parce que j’ai su adapter le plan d’affaires aux opportunités qui se présentaient, et parce que j’ai livré des clients. C’est définitivement ce dernier aspect qui a fait notre succès, et c’est parce que nous contrôlions la relation client que nous avons résisté aux intempéries.
L’aventure V3-Ventures
C’est à travers le vécu d’entrepreneur que nous avons conçu notre financement. Nous offrons de l’argent sonnant parce que c’est important, mais nous offrons d’abord et avant tout une culture d’entreprise techno, de l’encadrement adapté et un beau défi. Je lisais l’article « Venture Capital Made in Canada » de Jevon MacDonald où il parle de « superseed class of investor », et c’est exactement ce que nous sommes. Nous avons notre modèle, que l’on croit bien adapté à notre environnement, et nous nous proposons de faire vivre à nos entrepreneurs une aventure excitante et payante.